De la vie et des passions
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Un livre de poèmes
La Chose
(Poème en prose que j’eus voulu en vers, mais les vers, je les ai bus)

La Chose n’a pas la senteur de la Rose, et pour cause : ce n’est pas une Rose.
Souvent la Chose repose là où se posent les oiseaux qui osent approcher les dames maîtresses de ces lieux.
Les mouches qui touchent de leurs ailes – ah les gaillardes ! – les paupières lourdes de ces reines, parfois s’en vont goûter de la Chose qui se décompose sur le sol qu’arrosent ces dames à la queue tombante comme si la Chose était une Rose.
Mais la Chose n’est pas une Rose : elle n’en a ni l’aspect ni la saveur !
Seigneurs les insectes qui la savourent à petites bouchées n’en font pas un plat à proprement parler, ni même les bovins qui l’accompagnent.
Et pourtant qui, dites-moi, n’y a, au moins une fois dans sa vie, mis les pieds comme en un plat par inadvertance ou pour porte-bonheur ?
La Chose, en effet, a ceci de particulier que lorsqu’on s’en est imprégné, on s’en souvient longtemps, très longtemps !
Car la Chose a en commun avec la Rose un parfum personnalisé mais différent de celui suave de la Rose.
L’émanation volatile qui s’en dégage vous impose sa présence comme une réalité prépondérante à moins, bien sûr, que le coryza annihile l’action normale des circuits innervés de vos fosses nasales qui ne pourraient autrement rester sceptiques sur l’origine de ces effluves.
Cette Chose croupissant dans l’herbe verte où se perdent tant de choses n’a pas – vous l’avez compris – la subtile exhalation de la Rose, mais une odeur, qui n’a rien de spirituel, une odeur acerbe, organique, hors du commun, mais commune aux communs, proches des commodités.
Il n’est pas besoin, si besoin était, de vous préciser ces lieux avec plus d’aisance.
Il n’est pas besoin non plus que je vous nomme cette Chose croupissante, qui apparaît quand la vache avachie, termine sa digestion et que ses veaux, suivant leur mère de vache, y plongent leurs pattes, glissent, et se cassent la gueule en laissant grassement et grossièrement échapper ce mot percutant et bienfaisant qui désigne la Chose précédemment décrite et qui n’appelle pas de schéma bien que, chez moi, on l’appelle souvent. (Pascal Gouzien)
« Ne prenez pas la vie au sérieux ; de toute façon, vous n’en sortirez pas vivant. »
Bernard de Fontenelle
1657 – 1757

